jeudi 8 mai 2008

Journée sur diéri

Mise à part ce paragraphe d’actualité, j’en termine avec la phase des enquêtes sur l’histoire de l’agriculture dans la région. Il me reste à synthétiser la chose, croiser avec de la bibliographie, bref du boulot de bureau après le terrain. Je peux vous raconter ma journée d’hier si ça vous intéresse tiens ! Le tout dans un style narrato-réalisto-descriptif.

Après avoir ramassé mon installation matelas-moustiquaire sur la terrasse de la maison voisine et avalé une demi-baguette beurre confiture et une tasse de nescafé ivoirien, je chevauche la japonaise pour aller au PADER.

Salutations de rigueur en franco-pulaar-wolofisé. Je me pose quelques minutes au bureau afin de terminer de mettre au propre les enquêtes que j’ai faite la veille et je prépare ensuite l’essentiel pour aller en brousse : la glacière que je fixe à l’arrière de la moto. Entre temps, j’ai déjà bu les désormais traditionnels deux premiers thés de la journée.

Avec mon interprète, Mody Beye, nous partons donc direction le plateau sableux au sud de Ndioum. C’est la première fois que l’on va dans cette zone en moto et avec le sable c’est un peu galère, d’ailleurs on s’est même cassé la gueule mais rien de grave à 10 km/h. On dépasse un premier village mais nous décidons de filer plus loin tant que la chaleur n’est pas trop forte. Quelques kilomètres sableux plus loin, il se dessine une mosquée en ciment. Au fur et à mesure que nous approchons, je me rends compte que cette mosquée est finalement construite à l’intérieur d’une concession. Toutes les habitations de cette même concession sont en ciment, ce qui est rare dans cette zone. Généralement, les familles qui ont une habitation en béton ont un parent émigré en ville ou à l’étranger. Nous nous sommes donc arrêtés discuter avec le vieux de cette concession, un certain Dia, qui a bien confirmer ce que je pensais. Plusieurs de ces fils sont commerçants ou dans l’immobilier à Dakar ou travaillent aux Etats-Unis. Un de ses fils a fait construire ce qui doit être le plus haut immeuble de Ndioum. Le vieux me taquinait pour que je lui donne de l’argent après l’enquête, c’est étrange car c’est la première fois que l’on me demande ça et c’est la première fois que je vois un paysan aussi riche depuis que j’ai commencé les enquêtes… il nous a même sorti sa liasse de billets de 10 000 F CFA de sa poche. Mody Beye m’a ensuite appris que c’était la personne qui possédait un des plus grands troupeaux de bovins de la zone (de l’ordre de 500-600 têtes ?).
Les concessions aux alentours n’étaient pas aussi cimentées que celle de Dia, on s’est dirigé vers l’une d’elles. Trois hommes discutaient dans une case quand nous sommes arrivés et nous avons appris qu’une des jeunes filles était décédée il y a quelques jours à cause du tétanos qu’elle a attrapé avec des épines d’acacia. Les femmes peules se font parfois des tatouages autour de la bouche et sur les gencives à l’aide de ces épines et de poudre de graines brûlés de beref (sorte de melon). La jeune fille a attendu trop longtemps avant d’aller se faire soigner à l’hôpital et elle n’a pu guérir. Elle avait 19 ans, ça fait un peu bizarre tout de même.
On a donc pu s’entretenir avec ces éleveurs Peuls avant de prendre le repas : riz indien et viande. Après le repas, chacun a fait ses ablutions, Mody Beye et les trois hommes ont fait une prière commune dans la case et moi j’étais là dans mon coin, j’assistais à cette scène qui bien qu’ayant un côté assez commun m’a provoqué un sentiment étrange. J’ai un respect certain pour les religions mais j’ai l’impression que certaines personnes l’utilisent bien comme elles veulent (certains marabouts notamment qui mettent des gosses à mendier dans la rue ou bien exploitent des jeunes croyants dans les champs d’arachide…au nom de la religion). Le chef de famille nous a ensuite exposé les médicaments qu’il avait du acheter pour soigner sa fille et qu’il allait chercher à revendre. On a bien passé trente minutes à voir combien il pouvait revendre ses médicaments tout en buvant du thé. On a ensuite repris la route vers le village que l’on avait dépassé sans s’arrêter le matin, Bida. De nouveau, une enquête. Là aussi une habitation en ciment, un des fils travaille à Thiès une partie de l’année.
Retour sur Ndioum vers 18h. Lavage à l’eau chaude même quand tu veux de l’eau froide… Un peu la flême de mettre au propre les enquêtes ce soir, je les ferais demain matin, j’ai fais un peu de uke et puis je suis parti manger chez Dieynaba. Quand j’arrive, les enfants sont tous en train de lire leurs leçons à la lumière du néon. Ce soir, la télé n’est pas allumée. Tiens, c’est la première fois depuis que je viens manger ici. Lavage de main au cotol, le produit que tu utilises pour laver tes toilettes… Au menu, riz je ne sais pas trop à quoi mais c’était bon. Issa, un élève qui loge chez Dieynaba entame une tournée de thé, je prends le premier et je repars dormir dans mon quartier de Chicago (si si c’est le nom du quartier).

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